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La Ville de Cornwall est imprégnée d’une histoire riche et diverse. Étant à l’origine New Johnstown, son nom a changé pour Cornwall en l’honneur du Prince George, le Duc de Cornwall. La Ville a plus tard été incorporée en 1834 et est devenue une ville en 1945.

Cornwall a tout d’abord été colonisée en 1784 par des Loyalistes de l’Empire-Uni. Pendant des années, ces Loyalistes se sont battus au nom de la Grande-Bretagne au nord de New York et du Vermont pendant la Révolution américaine. Ces personnes sont venues s’installer et prospérer sur les terres que la Couronne leur avait accordées afin de les récompenser pour leurs loyaux services pendant la guerre.  Leur intention était de commencer une nouvelle vie sur cet emplacement pittoresque et fertile.

Guerre de 1812

Grâce à son emplacement stratégique, Cornwall a servi comme ville de garnison et poste de communications et d’approvisionnement pendant la guerre de 1812. Tout près de la ferme Crysler, les Loyalistes ont réussi à repousser des troupes américaines lors d’une des batailles les plus populaires de la Guerre.

John Strachan et John Sandfield MacDonald

Sous l’influence du maître d’école John Strachan, qui est devenu le premier évêque anglican du Haut-Canada, Cornwall a été transformée en centre unique d’apprentissage et d’influence politique qui a servi de champ de manœuvres pour le « Pacte de famille », la classe dirigeante de l’Ontario jusqu’aux années 1850. Un diplômé, John Sandfield MacDonald, a été le tout premier Premier ministre de l’Ontario. John Strachan a également fondé la Cornwall Grammar School qui est plus tard devenue la Cornwall Collegiate Vocational School, l’un des plus anciens établissements scolaire en Ontario.

Un centre industriel

Durant la deuxième moitié du 19e siècle, la ville s’est révélée être un centre industriel important dans l’Est de l’Ontario.

La construction du canal de Cornwall entre 1834 et 1842 a fourni le transport et l’énergie hydraulique nécessaires à de nombreux moulins et usines de produits textiles qui étaient situées en bordure du plan d’eau. Des sites industriels ont d’abord été conçus au milieu des années 1840, et peu après, quatre moulins à farine, tanneries et filatures de laine cardée étaient en exploitation. L’usine  Stormont Dundas Canada Cotton Mills compte parmi les premiers fabricants majeurs à s’installer à Cornwall. En avril 1883,  l’éclairage électrique a été installé à la Canada Cotton Mills. Cet événement historique marqua la première application industrielle de l’invention extraordinaire de Thomas Edison.

L’expansion industrielle a eue lieu dans le secteur riverain de 1870 à 1880, au moment où le restant du pays connaissait une grave récession qui a entraîné le doublement de la population de la ville.

L’économie de Cornwall a continué de croître et de changer. Aujourd’hui, Cornwall est une communauté moderne avec une économie très diverse qui inclut les secteurs de la fabrication, de la logistique/distribution et des services.

La voie maritime du Saint-Laurent

La croissance soutenue de Cornwall s’est poursuivie dans les années 1950 avec la construction de la Voie maritime du Saint-Laurent. La construction de la Voie maritime a commencé le 10 août 1954 et s’est terminée le 1er juillet 1958, jour de la Fête du Dominion. Ce jour-là, des milliers de spectateurs ont alors assisté à l’explosion de trente tonnes de dynamite, provoquant la destruction du dernier batardeau et l’inondation du lit du fleuve et du lac St-Laurent. Cet événement historique a par ailleurs donné lieu au développement du plus grand barrage hydroélectrique international.

Au cours des dernières décennies, l’économie de Cornwall a continué de se développer et d’évoluer. Cornwall est aujourd’hui une collectivité moderne à l’économie diversifiée dans les secteurs de la manufacture, de la logistique, de la distribution et des services.

Cornwall et la guerre de 1812

Voici un bref aperçu historique du rôle de Cornwall et de ses habitants pendant la guerre de 1812.

L’établissement de Cornwall

Le 6 juin 1784, le lieutenant-colonel Sir John Johnson conduit un groupe de loyalistes de l’Empire-Uni jusqu’au dépôt de l’armée britannique situé sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent, près de l’emplacement actuel du Musée communautaire de Cornwall dans le parc Lamoureux.

Quatre mois plus tard, le groupe compte 215 hommes, 87 femmes et 214 enfants, pour une population totale de 516 personnes. Au début, la colonie s’appelle simplement « New Town », puis « New Johnstown ». En quelques années, ce qui devient une ville est de plus en plus couramment appelé Cornwall.

Trente ans plus tard, ces mêmes personnes – qui voulaient rester fidèles à la Grande-Bretagne et à ses institutions – devront se défendre à nouveau contre les forces armées américaines pendant la guerre de 1812.

La guerre est déclarée

Du 18 juin 1812 au 16 février 1815, les États-Unis sont en guerre contre la Grande-Bretagne et le Canada sert de champ de bataille. La guerre représente un chapitre extrêmement important de l’histoire du Canada et des États-Unis. C’est à cette époque que les Américains sont à deux doigts d’annexer le Haut-Canada (Ontario) et tout le territoire situé à l’ouest de la province.

En 1812, la Grande-Bretagne est plongée dans une longue guerre avec la France.  La marine royale britannique impose un blocus de l’Europe pour empêcher les ravitaillements d’atteindre son ennemi. Les marins d’origine britannique naviguant sur les navires de nations neutres, même ceux qui ont la citoyenneté américaine, sont poussés à servir dans la Royal Navy. Pour la nouvelle république des États-Unis, ces actions en haute mer et la capture de citoyens américains constituent une violation de la souveraineté des États-Unis.  En réponse, ils déclarent donc la guerre à la Grande-Bretagne le 18 juin 1812. Le principal objectif de guerre américain est la conquête de l’Amérique du Nord britannique, principalement du Haut-Canada (Ontario) et du Bas-Canada (Québec).

Cornwall en 1812

Cornwall est l’une des plus grandes colonies du Haut-Canada au moment où la guerre est déclarée. Pendant la guerre de 1812, elle devient une importante ville de garnison ainsi qu’un poste de communications et d’approvisionnement. La population de Cornwall compte alors plusieurs centaines d’habitants.

Protection d’une voie vitale : le fleuve Saint-Laurent

Le fleuve Saint-Laurent est alors la « ligne de vie » pour le transport des marchandises et des approvisionnements entre Montréal et Kingston et, à ce titre, doit absolument être protégé.

Soldats, marins et armes nécessaires pour faire la guerre dans le Haut-Canada passent tous par Cornwall.  Si la ville est considérée par les militaires comme presque indéfendable, sa position stratégique à la tête des rapides du Saint-Laurent est néanmoins un élément crucial de sa défense.

« Chaque jour, 12 batteaux[sic] arrivent ici[Cornwall] de Lachine en route pour Kingston chargés de provisions et de réserves, et nous avons des troupes le long de la rivière pour protéger les communications. »

Tout au long de la guerre, un certain nombre d’escarmouches ont lieu alors que les forces américaines tentent de perturber cette voie d’approvisionnement. On estime que 4 000 voyageurs et 800 « batteaux » travaillent alors le long des rives du fleuve Saint-Laurent pour transporter le matériel de guerre essentiel au Haut-Canada.

Les régiments de milice Stormont, Dundas et Glengarry et les Fencibles de l’infanterie légère de Glengarry

Des hommes de la région sont recrutés pour protéger leurs maisons des envahisseurs et organisés en quatre régiments de miliciens sédentaires : 1er régiment de Glengarry, 1er régiment de Stormont et les 1er et 2e régiments de Dundas.  Ils portent des vêtements ordinaires, utilisent des armes d’époque de la Révolution américaine et servent sans uniforme dans les fonctions d’approvisionnement et de reconnaissance.

L’infanterie légère de Glengarry est mobilisée en 1812 comme bataillon régulier de l’armée britannique.  Des détachements des Glengarry Fencibles combattent dans tout le Haut-Canada.  Le terrain de parade original des Fencibles se trouve à St. Raphael, au nord-est de Cornwall. L’unité se distingue alors des troupes britanniques régulières par ses tuniques vertes, par opposition aux uniformes rouges britanniques.

Anderson, Burton, Eamer, Empey, Cameron, Campbell, Fraser, French, McDonell, McIntosh, Robertson, et Scott sont des noms de famille communs de personnes qui ont servi dans la milice locale et que l’on peut encore trouver ici de nos jours.

La bataille de French Mills, 1812

En novembre 1812, environ 150 hommes attaquent et écrasent une petite troupe américaine à French Mills (Fortin Covington) en représailles à des raids antérieurs sur la communauté des Premières Nations de St. Regis.  Les Canadiens capturent 4 bateaux, 57 mousquets, 47 soldats et 3 officiers. Les prisonniers sont envoyés à Cornwall pour un transfert subséquent à Montréal puis une libération conditionnelle.

Bataille de la ferme Crysler, le 11 novembre 1813

La bataille de la ferme Crysler joue un rôle central dans la défense de Montréal et de l’Amérique du Nord britannique. Au début de novembre 1813, une armée américaine de près de 8 000 soldats, commandée par le major-général Wilkinson, quitte Sackets Harbour et descend le Saint-Laurent pour mener une attaque sur deux fronts contre Montréal et couper le Haut-Canada du Québec et du reste de l’Amérique du Nord britannique. Les mouvements de Wilkinson sont suivis et traqués par quelque 800 soldats réguliers britanniques, miliciens et guerriers mohawks, sous le commandement du lieutenant-colonel Joseph Morrison. Morrison établit par la suite une position défensive à la ferme de John Crysler, près de Morrisburg.

Le 10 novembre, une petite escarmouche a lieu à Hoople’s Creek, juste à l’est de la ferme Crysler.

Le lendemain, la modeste armée de Morrison est attaquée par 4 000 soldats américains. La troupe de Morrison repousse les Américains après un combat acharné.  Cette défaite mène à la retraite de Wilkinson et à la fin de l’invasion du Haut-Canada.

L’évacuation de Cornwall

Les quelque 200 hommes du premier régiment de la milice de Stormont sont accusés d’escorter des ravitailleurs militaires de Montréal. Le principal dépôt d’approvisionnement de Cornwall est alors situé entre l’emplacement actuel de la tour de l’horloge et le Musée communautaire de Cornwall dans le parc Lamoureux. La milice construit aussi un bunker défensif à l’ouest de Cornwall.

Suite à l’annonce de l’invasion de la force américaine, on décide de protéger les stocks de matériel militaire entreposés à Cornwall.

La milice charge les stocks militaires et autres provisions du gouvernement dans 150 wagons et quitte Cornwall. Le train passe par St. Andrews et Martintown et continue jusqu’au poste défensif de Coteau du Lac, à l’est de Cornwall.

L’occupation de Cornwall

Le matin du 11 novembre 1813, la cavalerie américaine occupe Barnhart’s Island (juste à l’ouest de l’actuelle centrale électrique RH Saunders) et l’extrémité ouest de Cornwall.  Le village est sans défense, à l’exception d’un petit groupe d’éclaireurs de la milice Stormont et des Guerriers de St Regis.

À Cornwall, des officiers américains occupent des fermes pendant que les hommes bivouaquent dans les champs.

Ne faisant face qu’à des femmes et des enfants, les envahisseurs sont « courtois et calmes », mais ils ne cachent pas leur désir de mettre à sac la ville et la campagne avant de partir pour Montréal.

Pour l’historien Jacob Pringle, les Américains « ressemblaient très peu à des soldats… dont la plupart semblaient plus désireux de rentrer chez eux que de combattre ».  Ce comportement courtois n’empêchera toutefois pas les pillages. Les envahisseurs s’emparent du contenu des granges et des greniers et de tout ce qu’ils peuvent trouver dans les maisons et magasins locaux.  Pour se réchauffer, ils brûlent « toutes les clôtures des fermes. »

Le 12 novembre, après avoir appris la défaite des forces américaines à la ferme Crysler, les forces d’occupation se retirent de l’autre côté de la rivière pour se réfugier dans des quartiers d’hiver sous l’œil vigilant de la milice locale. Au cours de la semaine qui suit, Cornwall reçoit des renforts d’hommes pour protéger le transport fluvial.  Début 1814, plus de 800 soldats sont stationnés à Cornwall, un nombre qui passera à plus de 4 000 recrues britanniques en septembre.

Les héros locaux de la guerre de 1812

Mary Hoople

Mary « Granny » Hoople a été la première « guérisseuse » dans ce qui est maintenant le comté de Stormont.  Elle avait appris les pratiques de guérison autochtones lorsque les Indiens du Delaware l’avaient faite prisonnière dans son enfance.  Granny Hoople a tenté en vain de sauver la vie d’un carabinier américain blessé à Hoople’s Creek le 10 novembre 1813. Ses efforts lui ont valu une récompense du gouvernement américain après la guerre.

Monseigneur Alexander Macdonell

Mgr Alexander Macdonell, connu sous le nom de « Grand évêque » (« the big bishop »), fut le premier prélat catholique romain du Haut-Canada. Également baptisé « le guerrier », il aida à rassembler les Glengarry Light Fencibles, les prédécesseurs des Highlanders de Stormont, Dundas & Glengarry et, d’après selon la tradition, poussa les forces canadiennes à attaquer Ogdensburg en 1813 et menaça d’excommunication immédiate ceux qui n’iraient pas affronter l’ennemi.

Col. Neil McLean

Le colonel Neil McLean, anciennement du 84e régiment des Royal Highland, Loyalistes, a commandé la 1re Milice de Stormont pendant la guerre de 1812. Avec son régiment, il a participé aux batailles d’Ogdensburg (1813), de Hoople’s Creek (1813), de la Ferme Crysler (1813) et de Salmon River (1814).

Lieutenant Duncan Clark

Le lieutenant Duncan Clark de la milice Dundas pourrait prétendre au titre de Paul Revere du Canada. Affecté près de Brockville pour rendre compte des mouvements des troupes américaines dans le Saint-Laurent, il vit, le 5 novembre 1813, l’armée du major-général Wilkinson mettre le cap sur Cornwall. Il réquisitionna alors un cheval de labour qu’il chevaucha fougueusement le long de la rive canadienne de la rivière, avertissant tout le monde de l’invasion imminente.

John Strachan

Membre influent du clergé, John Strachan était un éducateur, et le fondateur de la Cornwall Grammar School. Après avoir enseigné pendant 9 ans à Cornwall, il déménagea à York (Toronto) au début de 1812. Suite à l’invasion et à l’occupation américaine de York en 1812, aucun des dirigeants civils de la ville ne semblait apte à négocier avec le général Dearborn pour arrêter les pillages et les incendies. En tant que nouvel arrivant à Cornwall, Strachan n’a pas été jugé, mais en tant que recteur de l’église, il est intervenu pour représenter les citoyens de York à bord du navire de guerre américain. La volonté et le charisme de Strachan étaient si forts que certains témoins auraient dit plus tard qu’il était difficile de savoir lequel des deux hommes était le conquis et lequel était le conquérant. Faisant allusion à la possibilité de terribles représailles de la part de la marine britannique, Strachan a fait beaucoup pour sauver York de la destruction.

James Pringle

Le lieutenant James Pringle du 81e Régiment est arrivé à Cornwall en 1814.  Invité par le capitaine Joseph Anderson à un petit déjeuner et à une sortie de pêche, il fit la connaissance d’Anne, la fille du capitaine, dont il tomba immédiatement amoureux quand elle lui proposa gentiment de choisir une pomme. Un mois plus tard, le couple était marié. Leur fils, Jacob Farrand Pringle devint un juge local et écrivit la toute première histoire des Comtés Unis.

Peggy O’Sullivan Bruce

Adepte des soldats, les poches de sa jupe remplies de contes et d’alcool, l’aubergiste Peggy O’Sullivan Bruce exploitait la taverne St. Andrew & St. Patrick sur la rue First Est, près de la rue Pitt avec son mari loyaliste, le sergent Bruce. L’historienne locale Rhodes Grant raconte que lorsque les soldats américains lui ont demandé comment se rendre à Martintown pour trouver les forces britanniques en retraite, elle leur a dit de suivre la route vers St Andrews, puis de prendre le chemin Line jusqu’à Martintown.  « Elle les supplia d’être prudents, précisant que la région sud de St. Andrews était truffée de soldats réguliers britanniques et de miliciens de Glengarry, et de loin les pires de tous les Indiens de Saint-Régis qui se préparaient à scalper tous les bons Américains qui passaient. Elle parla longuement et sérieusement de la soif de sang des Indiens et du désagrément d’être scalpé. »

« Il n’y avait pas un soldat ou un Indien à des kilomètres à la ronde autour de St. Andrews, mais les Américains ne le savaient pas et ils ont renoncé à l’attaque prévue contre Martintown. »

Quelques jours plus tard, les Américains se retirèrent dans leurs quartiers d’hiver à French Mills (Fort Covington), dans l’état de New York.

La présence francophone

En raison de ses débuts loyalistes, Cornwall ne peut pas, au début, se vanter d’avoir une importante communauté francophone. Daté de 1829, le premier recensement officiel d’une population francophone révèle que 74 habitants de Cornwall sur 812 sont d’origine française. Vingt ans plus tard, le recensement indique qu’ils sont 967.

Le premier afflux important de francophones à Cornwall et dans sa région a lieu entre 1870 et 1890, en raison de l’ouverture des usines de textile et de papier et de l’industrialisation globale de la ville, qui a généré des emplois.

Depuis, la communauté francophone a contribué à donner à la ville de Cornwall son caractère bilingue unique.

Le premier foyer de la communauté francophone est l’église catholique romaine de la Nativité, construite entre 1887 et 1892 d’après les plans du curé de la paroisse, le père P. DeSaunhac.

En 1904, Cornwall élit Angus Lalonde, son tout premier maire francophone.

Rédigé à partir de diverses sources avec l’aide aussi aimable que précieuse de Ian Bowering, conservateur du Musée communautaire de Cornwall, sous la direction de la Société Historique des comtés unis de Stormont, Dundas & Glengarry.

Pour de plus amples renseignements sur l’histoire de Cornwall, veuillez vous rendre aux sites Web suivants: